Mises en émergence d'insectes xylophages

Fagot de bois Martinique

Principes et avantages 

Fort logiquement, il est beaucoup plus probable de trouver dans le bois la larve d'un coléoptère xylophage, qui a une durée de vie de plusieurs mois, plutôt que l'imago qui vit au plus quelques semaines. Partant de ce constat, une méthode particulièrement efficace pour la capture des Coléoptères saproxyliques (Cerambycidae, Buprestidae, Curculionidae, Scotytinae etc.) consiste à prélever des bois et branches attaqués par les larves et à les mettre « en incubation » dans des enceintes closes jusqu’à émergence de l’adulte. Cette technique, parfois appelée abusivement "élevage", permet de récolter de nombreuses espèces très discrètes, petites ou à période d’apparition courte. Elle est aussi très pratique dans certaines régions tropicales où la saisonnalité est faible, permettant ainsi un suivi régulier en limitant le temps passé sur le terrain. Cette méthode simple et peu coûteuse permet de connaître le milieu de développement des espèces, dont leurs plantes hôtes si on a pris soin de noter l’essence lors du prélèvement.

SEAG Montjoly enceinte émergence

Quelques chiffres permettent d’illustrer l’efficacité remarquable de cette méthode pour les longicornes néotropicaux :

  • En Guadeloupe, cette méthode nous a permis de capturer 80 % des Cerambycidae de l’île en 16 mois (contre moins de 40 % par les méthodes classiques de collecte directe) !

  • En Guyane, sur la base de trois ans d’expérience, 15 stères de bois variés attentivement sélectionnés et renouvelés tous les ans, permettent l’obtention d’environ 10 000 longicornes par an représentant environ 500 espèces différentes (soit approximativement un quart de la faune estimée).

  • En Guyane, une comparaison de 6 méthodes de collecte (Touroult et al., 2010) demontre qu'il s'agit de la méthode la plus efficace en terme de temps et de moyens pour obtenir un longicorne. C'est également la meilleure méthode, avec le piège vitre, pour obtenir des espèces jugées très rares.

Détails techniques

Il existe deux méthodes pour la récolte de bois pour cet « élevage » :

  • Créer le bois mort en le coupant soi-même, et en le laissant 2 mois en forêt pour que les xylophiles pondent dedans. Cette méthode permet de déterminer de façon fiable la plante-hôte (Tavakilian et al., 1997). Il est ainsi possible de suspendre des fagots de lianes ou de branches fraîchement coupées.

  • Ramasser sur le terrain des branches, petits troncs ou lianes déjà mortes depuis quelques semaines à quelques mois. Dans ce cas, il est souvent plus délicat de déterminer l’essence prélevée.

Rameau coupé par un Oncideres

Toutes sortes de bois peuvent héberger des larves de Coléoptères saproxyliques mais nous avons déjà constaté la présence d'une faune plus riche sur les branches mortes restées suspendues à l’arbre et exposées au soleil. La présence de larves dans le substrat peut être confirmée par l’observation de la section de la branche (coupée à la scie ou au sécateur), par la découverte de larves en décortiquant partiellement le bois ou en observant les dépôts de « frass » (déjection de larves) sous les branches.

Les branches de petit diamètre offrent une plus grande densité de larves par unité de volume mais on n'obtiendra pas les mêmes espèces selon le diamètre. En Amérique, les longicornes du vaste genre Oncideres pratiquent une annélation qui dévitalise les branches dans lesquelles les femelles pondent. Ces branches sont secondairement utilisées par de nombreux autres xylophages et il est particulièrement intéressant de les mettre en émergence.

Ci-dessus, une "grosse" branche de 5 cm de diamètre, coupée par un Oncideres et trouvée au sol, en sous-bois.

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Après la récolte, les morceaux de bois sont ensuite laissés à sécher quelques jours pour ne pas être trop imbibés d’eau, puis mis dans une caisse en carton ou en plastique en veillant à enlever les araignées, fourmis et autres blattes qui pourraient consommer les adultes à leur émergence. Cette caisse est recouverte d’un sac poubelle en plastique épais. Un culot de bouteille d’eau minérale avec un papier absorbant sert à collecter les insectes qui sont attirés par la lumière. La jonction entre le sac et la bouteille est assurée par des élastiques. D’autres systèmes sont possibles pour éviter de fréquents blocages des insectes dans la jonction sac/bouteille : les flacons de recueil dévissables dont les couvercles percés peuvent être collés aux caisses plastiques. Les flacons collecteurs doivent présenter une zone grillagée afin d‘éviter la saturation des enceintes par les gaz liés à la fermentation et le développement excessif des champignons.

Les caisses doivent être conservées dans un local abrité des excès de chaleur ; le collecteur transparent orienté vers l’endroit le plus lumineux. Il convient idéalement d’inspecter le collecteur vers midi et en début de nuit, et de vérifier parfois l’intérieur de la caisse car certaines espèces restent à bonne distance de la lumière.

SEAG dispositif élevage

Autres méthodes associées

Larves longicornes

On citera pour finir, les « traditionnelles » cages d’émergence entièrement grillagées. L’avantage principal est d’éviter l’excès d’humidité et la fermentation mais les insectes qui émergent sont moins visibles et le substrat tend à se dessécher trop rapidement.

On trouve parfois des larves en cassant des troncs pourris, notamment les larves de certains prioniens. Dans ce cas, on peut remplir un bocal avec du bois décomposé et y mettre la larve pour qu'elle termine son développement.

Quand on a sorti une larve de son substrat (par exemple en cassant des branches), il est aussi possible de la réinsérer dans le bois dur, en ayant au préalable creusé une galerie artificielle à l'aide d'une vrille (photo ci-dessous du spécialiste Gianfranco Sama en action en Zambie - photos J. Touroult).

Gianfranco Sama, Zambie, 2008, larves vrille, larve, méthodes, longicornes larve longicorne, Zambie, G. Sama

Limites & points faibles.

Parmi les rares inconvénients de cette méthode, on peut citer : l’encombrement des enceintes d’élevage, la durée avant l’obtention des spécimens (en général moins de 6 mois mais parfois plus d’un an), la nécessité d’un suivi quasi-journalier et la difficulté à obtenir des données comparables d’un échantillon à l’autre (effet important du récolteur du substrat).

Fri, 2011-12-09 17:30 -- YBRAET
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